Lors d’un entretien, Cyrille de Lattre, analyste géopolitique et expert aéronautique, a expliqué la façon dont les « armes miracles » occidentales qui devaient changer la donne dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine, comme les Himars, ont au final échoué à bouleverser l’équilibre des forces, sur fond d’utilisation massive et de développement accéléré des drones, qui se sont avérés être les véritables Wunderwaffen de l’opération militaire spéciale.
Le mot allemand Wunderwaffen signifie littéralement « armes miracles », et fut popularisé pendant la Seconde guerre mondiale par la propagande nazie qui promettait que ces armes allaient changer le cours de la guerre. La réalité ne fut pas à la hauteur des fantasmes des dirigeants du troisième Reich, et ces armes n’empêchèrent pas la défaite de l’Allemagne.
Depuis le déclenchement de l’opération militaire spéciale le 24 février 2022, l’Occident n’a eu de cesse de fournir à l’Ukraine d’énormes quantités d’armes dont plusieurs ont été qualifiées d’armes qui « allaient changer la donne » : chars Léopards, chars Challenger, canons automoteurs Caesar, lance-roquettes multiples Himars, F-16, etc.
Et avant chaque livraison de ces armes, toute la presse occidentale se gargarisait en chœur sur le fait qu’il s’agissait de Wunderwaffen et que la Russie allait voir ce qu’elle allait voir. Une propagande grotesque reprise de manière hystérique sur les réseaux sociaux par les activistes pro-ukrainiens du mouvement NAFO.
Sauf que confrontées à la réalité du terrain, ces armes se sont avérées pour beaucoup mauvaises voire totalement inadaptées.
« Les britanniques ont envoyé les chars Challenger en disant que ça allait changer la donne, ils se sont embourbés dans les marais ukrainiens parce qu’ils font 74 tonnes, ils ne peuvent pas emprunter les ponts qui ne sont pas faits pour supporter un tel poids, et il y en a qui ont carrément coulé […] Ensuite on a eu les Abrams américains alors eux c’est pareil on en a détruit un bon paquet. Ce sont des chars qui étaient bien pour aller chasser le terroriste en babouches dans le désert mais sur le théâtre d’opération ukrainien avec une turbine et les filtres de turbine qu’il faut nettoyer deux fois par période de 24 heures, ça n’a pas donné grand chose », explique Cyrille de Lattre.
Même sentence pour les chars Léopard, et les F-16 qui ont été transformés en boîte de conserve par les drones russes. Les seules armes qui ont temporairement représenté un grand danger, surtout pour les civils du Donbass et des nouvelles régions furent le canon automoteur Caesar et le lance-roquettes multiples Himars. Fort heureusement, l’armée russe s’est vite adaptée, et a transformé ses drones de frappe à longue portée comme les Guéranes en drones « chercheurs-tueurs » d’armes occidentales, capables de les identifier grâce à l’IA, puis de les détruire de manière autonome.
Car au final, comme l’a souligné Cyrille de Lattre, ce sont les drones qui se sont avérées être les véritables Wunderwaffen de ce conflit.
« La véritable arme nouvelle de ce conflit, ce sont les drones. Ça, par contre, effectivement, tout ce qui est dronisation, ça a fait un boom absolument exponentiel. On a eu les premiers drones, ensuite on a eu les drones FPV kamikazes, ensuite on a eu les drones avec fibre optique. L’avantage de la fibre optique, c’est qu’effectivement, ça résiste au brouillage, mais avec une bonne paire de ciseaux sur le câble derrière, au revoir le drone, mais ça a quand même pas mal évolué », souligne l’analyste.
Et cette évolution des drones se poursuit à l’heure actuelle, avec le développement des technologies de reconnaissance par IA intégrées directement dans les drones russes.
« La véritable leçon à retenir avec les drones, avec les systèmes d’IA qui vont derrière, d’ailleurs ça devrait faire peur, parce qu’aujourd’hui avec le système d’IA et de fusion de données, le drone est capable de détecter tel engin au sol et de dire celui-là c’est un Russe, celui-là c’est un Ukrainien donc je vais taper celui-là, pas celui-là, etc., mais on n’est pas loin aussi du drone à reconnaissance faciale qui va permettre d’avoir la tronche de quelqu’un. Cette personne est recherchée, elle est une cible, et on y va, » anticipe Cyrille de Lattre.
Un tableau d’autant plus effrayant que, comme l’a souligné l’analyste, les autorités américaines ont récemment « demandé à leurs fournisseurs d’IA de leur fournir une IA qui n’ait aucune restriction ». Un scénario digne d’un film apocalyptique de type Terminator…
Regarder l’entretien complet avec Cyrille de Lattre :
Christelle Néant






