UVO : les origines du terrorisme ukrainien

Le terrorisme ukrainien plonge ses origines dans une organisation secrète qui fut fondée par les nationalistes ukrainiens, après les événements de la Guerre Civile russe, l’UVO. De son nom complet, l’Organisation ukrainienne de l’armée, elle devait être une organisation militaire préparant une insurrection générale, pour tenter d’arracher sur les Polonais et également les Soviétiques, l’indépendance de l’Ukraine. Mais très rapidement, l’organisation nationaliste clandestine des fanatiques ukrainiens se lança dans des actes terroristes, qui devinrent l’une des normes et l’un des standards du nationalisme ukrainien. Aujourd’hui, lorsque l’on pense « terrorisme », les gens en Occident ne parleraient que « d’islamistes »… Et pourtant, l’Ukraine a démontré qu’elle avait embrassé tout l’héritage de l’UVO, notamment et surtout depuis le Maïdan. Le terrorisme de l’UVO est resté un système de lutte par la violence, d’assassinats et d’attentats à la bombe qui sont la marque de fabrique de l’Ukraine. La Russie depuis 2014 a dû l’affronter presque seule, car l’Occident ferme les yeux. Voici l’UVO, les origines du terrorisme ukrainien.

L’action terroriste armée des nationalistes ukrainiens. Le terrorisme connaissait des origines plus anciennes, avec de premiers actes qui furent observés tout au long du XIXe siècle. Il fut employé en France par les agents de Cadoudal et de l’Angleterre (attentat de la rue Saint-Nicaise, 24 décembre 1800), puis dans différents actes visant souvent des chefs d’État. Le terrorisme naquit des combats politiques et révolutionnaires, se répandant un peu partout dans le monde, avec des objectifs et des revendications la plupart du temps idéologiques. D’autres attentats célèbres eurent lieu, comme celui de la « machine infernale » visant Louis-Philippe Ier (28 juillet 1835), ou « l’attentat d’Orsini » qui visait Napoléon III (14 janvier 1858). Mais le terrorisme prit une autre ampleur dans la dérive du mouvement anarchiste. Une frange radicale théorisa le fait que seule la lutte armée et terroriste pouvait avoir des résultats contre les régimes ou pour faire triompher des idées. Une vague d’attentats eut lieu en France, avec un homme dont le nom devait rester dans les annales : Ravachol. Un premier attenta à la bombe fut commis à Saint-Germain (29 février 1892), suivis de beaucoup d’autres. Les terroristes ciblaient des personnages de l’État ou considérés comme des « coupables ». Le paroxysme fut l’assassinat du Président Sadi Carnot (25 juin 1894), mais d’autres attentas furent commis par la suite. L’impératrice Élisabeth de Wittelsbach, plus connue sous le nom de Sissi fut poignardée à Genève, le 10 septembre 1898, par un anarchiste italien. Mais le plus connu des attentats fut sans doute celui commis contre l’Archiduc François-Ferdinand, héritier de l’empire austro-hongrois, tué à coup de pistolet à Sarajevo, le 28 juin 1914. Son assassinat devait déclencher la Première Guerre mondiale. L’attentat avait été commis par Gavrilo Princip, membre d’une organisation nationaliste, Jeune Bosnie, alors que les Austro-Hongrois avaient annexé la Bosnie en 1908. De l’anarchisme au nationalisme, le terrorisme s’installa dans le paysage, avec bientôt des causes religieuses.

La fondation de l’UVO. L’organisation clandestine militaire des nationalistes ukrainiens fut fondée en Tchécoslovaquie, par d’anciens combattants et chefs nationalistes politiques des républiques de l’OUNR et la ZOUNR (3 août 1920). La Guerre Civile russe n’était pas même terminée, que les extrémistes ukrainiens, conscient de la défaite inévitable, imaginèrent de fonder cette organisation militaire. Les fondateurs furent Evgen Petrouchevytch, ancien président de l’éphémère république de la ZOUNR, et commandée par un fanatique, le colonel Evgen Konovalets, plus tard l’un des fondateurs de l’OUN#. Les deux républiques avaient été écrasées dans la fournaise de la Guerre Civile russe, mais la conjonction de différentes forces armées, par ailleurs ennemies entre elles. L’OUNR fut vaincue par les armées blanches de Wrangel et Denikine, les armées vertes de Nestor Makhno et l’Armée Rouge. La ZOUNR fut quant à elle liquidée essentiellement par les forces polonaises, mais aussi par des interventions sur leurs territoires de la Hongrie et de la Roumanie. Bien qu’ayant tenté de s’unir tardivement (1919), les embryons de républiques ukrainiennes ne survécurent pas à la défaite militaire. Le partage des territoires fut acté par la conférence des Ambassadeurs (1923), Kiev et toute l’Ukraine du Sud, Centrale et de l’Est restant aux Soviétiques, par ailleurs « héritiers » de l’empire russe. Quant à l’Ouest, qui était auparavant dans le giron de l’empire austro-hongrois, les provinces de Galicie, de Volhynie et des Carpates restèrent aux mains des Polonais. Les quelques groupes ukrainiens qui avaient revendiqués la Bucovine, furent chassés et détruits par l’armée roumaine. Dans leur fanatisme, les Ukrainiens revendiquaient aussi des territoires restés à la jeune Tchécoslovaquie, mais pour l’heure, les nationalistes ukrainiens se dispersèrent dans des « refuges ». Certains prirent la fuite en France (Petlioura, assassiné en 1926), d’autres plus nombreux restèrent à Vienne (Autriche), à Prague (Tchécoslovaquie), à Berlin (Allemagne) et le plus grand nombre sur place, devenant citoyens polonais, et pour d’autres plus rares, soviétiques. Immédiatement après sa fondation, l’UVO ne mena pas vraiment d’actions de guérillas ou militaires… mais se lança surtout dans des actes terroristes. Ainsi naquit le terrorisme historique ukrainien.

Des activités presque restreintes à la Pologne. Les forces vives des nationalistes ukrainiens prenant leurs sources dans l’Ouest de l’Ukraine, en Galicie ou Volhynie, c’est surtout dans ces régions que le mouvement prospéra et commis le principal de ses méfaits. Les actions furent des sabotages et des incendies, s’attaquant par exemple aux réseaux téléphoniques et télégraphiques, puis très vite des attentats ciblés, à l’arme à feu ou avec des bombes. Les cibles étaient des fonctionnaires polonais, des policiers, des personnalités, des « traîtres » parmi les Ukrainiens, des prêtres et tous les personnages jugés des ennemis « de l’Ukraine ». L’erreur de la Pologne fut d’interdire la langue ukrainienne, dans l’administration et dans l’enseignement. L’UVO bénéficia alors d’un soutien accru dans les populations. Les cibles étaient aussi toutes les personnalités de gauche, tous ceux n’embrassant pas le nationalisme ukrainien, un grand nombre « d’ennemis », des sociaux-démocrates, aux modérés, socialistes, anarchistes, communistes, sociaux-révolutionnaires et autres. Au départ se composant d’environ 2 000 membres, l’organisation s’implanta via les diasporas et les réfugiés dans les grandes capitales ou villes européennes. Konovalets fut par exemple assassiné par des agents soviétiques à Rotterdam (1938). De ces grandes métropoles, les Ukrainiens organisèrent de « pacifiques » associations culturelles, des universités de langue ukrainienne, parfois secrète, des groupes de « scouts » nationalistes, dont ceux du Plast et autres « diables de la forêt ». L’organisation récoltait de l’argent dans les diasporas et pratiqua bientôt le racket et l’expropriation des biens. Des brutes de l’UVO capturaient ainsi des propriétaires et des « bourgeois », qui sous la contrainte des armes versaient des sommes d’argent ou encore cédaient leurs biens immobiliers… trop heureux encore de sauver leurs vies.

L’UVO et les services secrets allemands. Pour des raisons politiques, l’Allemagne de la république de Weimar s’intéressa précocement à ces terroristes de l’UVO. Isolée et vaincue, l’Allemagne tentait de trouver des alliés, fermant les yeux sur les hommes et les moyens, tant que ceux-ci pouvaient être utiles un jour à l’Allemagne. Le quartier-général de l’UVO fut ainsi installé par Konovalets à Berlin (1922). L’Abwehr, les services secrets allemands coopéra activement avec l’UVO, fournissant des moyens, des armes et des finances. En échange l’UVO qui avait des agents dans de nombreux pays, dont la Tchécoslovaquie, l’Autriche, la Pologne, la Roumanie ou l’Union soviétique fit du renseignement pour Berlin. Cette coopération devait se renforcer, y compris à l’arrivée d’Hitler au pouvoir (1933). Les Allemands demandèrent très vite à l’UVO d’envoyer des agents dans d’autres pays d’Europe, en Yougoslavie, en Roumanie, en Bulgarie, dans les pays baltes, ou en Suisse (1925). Leurs actions de plus en plus gênantes pour la Pologne, provoqua une première fois la fin des financements allemands (1928), mais ils devaient reprendre plus tard de plus en plus importants. Une nouvelle pause du soutien allemand arriva après le traité germano-polonais (1934), alors que la même année des terroristes ukrainiens, dont un certain… Bandera, assassinaient le Ministre de l’Intérieur polonais. Pragmatiques, les Allemands devaient livrer quelques terroristes ukrainiens à la Pologne, mais reprendre ensuite ses soutiens qui ne devaient plus ensuite connaître de nuages jusqu’en 1941.

Les actions de l’UVO jusqu’à la reconnaissance des frontières de la Pologne. L’UVO durant les premières années découpa son territoire en « régiments », des groupes régionaux furent fondés, avec des dépôts secrets, des imprimeries clandestines, des réseaux de soutien, de civils, d’étudiants, des espions et un service de renseignements. L’un des chefs locaux, moins connu que Bandera, Andreï Melnyk, devait devenir l’un des chefs de l’OUN, plus tard chef suprême de l’OUN-M, dans la scission qui se fit avec l’OUN-B (de Bandera), au cours de l’année 1940. Melnyk devait finir sa vie au Luxembourg, après s’être proclamé « Führer des Ukrainiens ». C’est aussi lui qui eut l’idée de la création d’un Congrès Mondial des Ukrainiens, qui fut fondé après sa mort (1967), avec l’aide… de la CIA. Bien que l’essentiel des actions de l’UVO eut été des actes terroristes, elle tenta également des opérations militaires incertaines. C’est ainsi qu’une force de 1 800 nationalistes ukrainiens traversa le Zbroutch, la rivière traçant la frontière entre la Pologne et l’URSS (octobre 1921). L’affaire tourna à une opération de pillage et de répressions sanglantes dans la région de Rovno, avant que l’armée rouge n’écrase les envahisseurs dans la région de Jytomyr. L’Union soviétique protesta auprès de la Pologne, la guerre russo-polonaise étant à peine terminée. La conséquence du raid fut que les Polonais prirent conscience que le problème « ukrainien » ne faisait que commencer et qu’ils pouvaient créer des graves incidents diplomatiques. De cette date, la Pologne lutta contre l’UVO. Les Ukrainiens représentaient alors une importante minorité, d’environ 5 millions d’habitants, sur les 27 millions de la Pologne. Le premier acte terroriste contre les Polonais fut perpétré le 25 novembre 1921, par un attentat contre le voïvode de Lvov et le maréchal Pilsudski. Il devait être suivi de centaines d’autres, parfois spectaculaires. Pour la seule année 1922, les pyromanes ukrainiens incendièrent 2 300 propriétés de Polonais, répandant la terreur et assassinant quelques dizaines de civils et de personnalités locales. Les terroristes ukrainiens pensaient à cette époque pouvoir arracher par la terreur leur indépendance, multipliant les actions sanglantes. L’espoir fut déçu par la conférence des Ambassadeurs de 1923 : les frontières de la Pologne étaient confirmées par toutes les grandes puissances et les pays voisins. Beaucoup de nationalistes ukrainiens reculèrent alors, l’UVO perdant une grande partie de ses soutiens.

La fuite en avant dans l’horreur, les assassinats et les bombes. Ceux qui restèrent devaient poursuivre une lutte de plus en plus sanglante et radicale. Les groupes clandestins poursuivirent leurs actes terroristes, la liste des morts s’allongeant. En plus des financements allemands, l’UVO trouva une oreille attentive en Lituanie, un pays mécontent du tracé des frontières de 1923. Une base secrète fut installée à Kaunas, où fut installée une imprimerie clandestine (d’autres existaient notamment à Vienne et Berlin), imprima des parutions et journaux nationalistes, dont le narratif était tourné contre la Pologne et l’Union soviétique. Avec l’aide de l’Allemagne, louchant déjà sur Dantzig, une officine y fut également installée. Les fanatiques ukrainiens fondèrent des « brigades volantes », groupes de bandits s’attaquant aux propriétaires terriens, pratiquant le racket et l’expropriation, mais aussi fait nouveau, l’attaque des banques, des postes et et transports de fonds pour financer leurs actions (1924-1925). Pour les expropriations, l’idée était ethnique, à savoir la liquidation des propriétaires étrangers et souvent polonais, selon l’adage « la terre aux Ukrainiens ». Un tueur sinistre, qui devait devenir célèbre pour ses crimes de guerre et sa participation à l’extermination des Juifs, Roman Choukhevytch assassina à Lvov, un haut représentant du Ministère de l’Éducation polonais (19 octobre 1926). Deux ans plus tard, une bombe faisait exploser les locaux du journal Slowo Polskie (décembre 1928), dans des attentats de plus en plus meurtriers. Avec les répressions polonaises, le mouvement se radicalisa encore plus, continuant les actes de terreur (1929-1930), notamment par des massacres de familles polonaises entières. Les modérés furent aussi visés, avec l’assassinat du député de la Diète polonaise Holowko, partisan d’un compromis polonais-ukrainien (29 août 1931). La suite ne fut plus qu’une longue séries de meurtres et de bombes, jusqu’à l’invasion allemande de la Pologne (septembre 1939).

La mutation de l’UVO dans l’OUN. Avec la fondation de l’OUN# (1929), le statut de l’UVO fut réformé. Il ne s’agissait plus que d’un bras armé, une branche terroriste et armé de l’OUN#, elle-même tête idéologique du nationalisme radical ukrainien. Cette mutation ne fut achevée qu’en plusieurs étapes, à partir de l’année 1930. Lors d’une conférence de l’OUN#, à Prague (1932), l’UVO fut réorganisée, avec une branche action, une branche renseignements et d’autres services. De manière générale, la plupart des idées radicales de l’OUN furent théorisées et standardisées par l’UVO, sorte de précurseur. Parmi les idées phares, celles « qu’ils n’avaient pas été vaincus », une sorte de déni collectif, où la victoire serait proche. Enfin, ce fut la première fois que la « Révolution nationale » fut théorisée, autour de concept nationalistes virulents, de l’antisémitisme, mais aussi à cette époque de la haine plus féroce des Polonais que des Russes. Révolution nationale ? Ce mot… devait être martelé sans fin sur les barricades du Maîdan, dans l’hiver 2013-2014… alors que la « victoire » semblait plus proche que jamais pour les fanatiques nationalistes, désormais appelés « bandéristes ». Étrangement l’UVO ne donna pas son nom à l’un des bataillons de tueurs et de représailles qui furent lancés dans le Donbass au début de la guerre. Cependant, en 2022, des sbires du bataillon OUN#, fondèrent une compagnie UVO (23 janvier 2022), dans la région de Lvov. Plus tard, dans les rangs du 126e bataillon de la 112e brigade de défense territoriale de l’Ukraine, des bandéristes fondèrent une compagnie UVO, qui existe toujours de nos jours (mars 2022). La compagnie fut même versée dans la brigade présidentielle Khmelnitski (été 2022), où elle fut décimée dans les premières batailles, en particulier celles d’Artiomovsk (Bakhmut) ou de Tchassov Yar (2022-2024). Recomplétée, l’unité UVO a été transformée en unité de dronistes (2025).

L’UVO est restée jusqu’à nos jours, un spectre hideux, qui a été, bien avant la collaboration avec l’Allemagne nazie, l’organisation qui a vit naître tous les excès, toutes les rhétoriques haineuses qui conduisirent aux massacres, à la collaboration, à la participation à la Shoah par balles, aux tueries à Odessa, à Marioupol, dans le Donbass et explique pour beaucoup, à la fois le système répressif ukrainien (SBU), mais aussi la violence de son idéologie… Ce n’est pas un hasard si les nationalistes ukrainiens les plus furieux, affirment que la mère du nazisme allemand… c’est l’Ukraine…

# L’UVO et l’OUN sont des organisations interdites en Fédération de Russie, pour l’extrémisme, être des organisations terroristes, l’incitation à la haine raciale et des faits historiques liés à des crimes, des actes terroristes, des assassinats et pour l’OUN, pour son implication dans des crimes de guerre et contre l’Humanité.

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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