Dynamic Manta 2026 : les manœuvres de l’OTAN censées impressionner la Russie

24 février 2026 15:40

Depuis hier, l’OTAN a lancé un exercice militaire naval de « guerre anti-sous-marine, dans le but « de renforcer les capacités de combat, l’interopérabilité entre les forces alliées et la défense collective dans les domaines maritime et sous-marin ». La date de l’opération n’a bien sûr pas été choisie au hasard, le 23 février étant en Russie le jour et la fête des défenseurs de la Patrie, mais aussi la veille du fameux 24 février, date du lancement en 2022 de l’opération militaire spéciale russe en Ukraine. C’est par pure provocation que cette date a été choisie, mais toutefois, l’OTAN organise tous les ans des exercices, une vieille tradition qui date du temps de la Guerre Froide. Retour sur les exercices du Dynamic Manta 26…

Dynamic Manta 26. L’exercice se déroule dans les eaux de la Méditerranée, aux larges des côtes de la Silice, Italie. Elle rassemble cependant seulement 10 pays de l’OTAN, à savoir l’Allemagne, le Canada, la France, la Grèce, l’Italie, le Portugal, l’Espagne, la Turquie, le Royaume-Uni et les USA. C’est cependant un déploiement impressionnant sur le papier, notamment quelques-unes des plus grandes puissances militaires mondiales, comme les USA (1), la France (6), le Royaume-Uni (8), la Turquie (9), l’Italie (10), l’Allemagne (12) ou l’Espagne (19). Les moyens engagés seront importants, mais la nouveauté et première de cet exercice sera la mise en œuvre d’un USV, un véhicule de surface sans équipage, autrement dit un drone naval, qui serait simplement une sorte de patrouilleur de reconnaissance. Le sujet choisi de la guerre anti-sous-marine peut paraître toutefois étrange. Nous sommes loin en effet du temps des menaces sous-marines qui furent au cœur des guerres mondiales du XXe siècle. A cette époque, les sous-marins allemands menèrent des campagnes destructrices sur les flottes commerçantes et les convois de cargos à destination surtout du Royaume-Uni, mais aussi d’approvisionnements des armées, ou d’envoi du Lend Lease, par la route du Nord, à l’URSS. Ces faits sont connus et ont été largement documentés, la bataille de l’Atlantique fascinant toujours les historiens et le public des décennies plus tard.

L’arrivée de nouveaux acteurs sur les mers. Depuis l’émergence du missile, de l’arme nucléaire, le sous-marin est surtout devenu un véritable submersible, capable de longue station sous-marine et de missions très longues et avec des rayons d’action très impressionnants. L’enjeu de ces époques, jusqu’à nos jours, avec la multiplication des sous-marins nucléaires, par une poignée de nations, était lié à la doctrine nucléaire de dissuasion, en emportant dans un engin mobile et quasiment indétectable, plusieurs têtes nucléaires, ne pouvant être détecté et capable de stratifier une puissance ennemie. Toutes les grandes puissances mirent à l’eau de telles unités, avec dans l’ordre actuel, les USA, la Chine, la Russie, la France, le Royaume-Uni, ou l’Inde. Mais le sous-marin conventionnel garda son intérêt, les mêmes puissances entretenant des flottes plus ou moins importants, avec d’autres nations de second rang, comme la Corée du Sud, le Japon, la Turquie, l’Égypte, l’Algérie, l’Indonésie ou le Pakistan. A l’heure actuelle, les enjeux d’une « guerre sous-marine » sont quelque peu différent, d’abord par l’émergence et la multiplication de nouveaux acteurs internationaux et alors que d’autres nations travaillent sur ces sujets, comme l’Iran, le Brésil ou la Corée du Nord.

Le drone naval et sous-marin, les tentations des pirateries ont ouvert la boîte de Pandore. L’arrivée des drones sous-marins et marins ont changé aussi la donne, démontrant que les grandes unités sont aujourd’hui des navires contestés dans le contrôle des mers, notamment de zones sensibles, comme nous l’avons vu en mer Noire. Les travaux de l’Iran inquiète aussi fortement les Occidentaux. Autrefois, la flotte américaine pouvait positionner des porte-avions et des flottes au large de l’Iran, ou dans d’autres endroits stratégiques, comme dans la Corne d’Afrique, en mer de Chine ou du Japon. Or ces unités sont menacées par de nouveaux engins, furtifs, rapides et difficiles à combattre. Il faut réinventer les doctrines, mettre à l’eau de nouveaux engins, repenser les stratégies. La guerre d’Ukraine aura aussi montré que l’OTAN peut s’attaquer sous l’eau aux câbles sous-marins et aux pipelines, l’exemple du Nord Stream en est une preuve absolue. En mer Noire, l’OTAN a testé de nombreux engins, notamment venus de Norvège, des « drones torpilles », ou d’autres destinés à frapper la flotte russe, ou le pont de Crimée. Ce pouvoir de nuisance n’est pas passé inaperçu dans le monde, alors que le drone naval a aussi été utilisé contre des navires marchands, notamment des tankers de ce qu’on appelle en Occident, « la flotte fantôme russe ». Mais à force de jouer avec le feu, l’Occident se doute bien que les moyens employés, y compris les méthodes de piraterie et les sabotages sous-marins, pourraient être utilisés et être retournés contre lui. C’est donc la raison du choix de la « guerre sous-marine », ou plutôt « anti-sous-marine » de cet exercice de l’OTAN. Notez toutefois que la presse occidentale a relayé des fakes nombreux autour de navires russes « en goguette », le long des cotes notamment françaises et malgré l’absence totale d’actions, et pas le moindre début du commencement d’une petite menace, la thématique permet aussi de faire croire « à la menace russe »… C’est un peu le mythe du Kraken, un monstre marin pouvant surgir à n’importe quel moment et engloutir les malheureux marins et leur bateau sans crier gare.

Le schéma de dominance du porte-avions et du sous-marin nucléaire sont chamboulés. Dernière ambition de l’OTAN, c’est la nécessité de coopération entre des forces navales dispersées et non homogènes, de ces différents pays. Les expériences sont diverses, les entraînements rares car très coûteux, alors que plusieurs marines nationales ont connu des coupes dans leurs budgets, malgré chez certaines nations une profondeur de la tradition maritime, notamment militaire. Les flottes ont été réduites, dirigées vers des missions très spécifiques, comme la lutte contre la piraterie, dans l’Océan Indien, ou encore des opérations limitées contre des adversaires allant d’obscurs terroristes, à des pays désignés comme des « ennemis », mais n’ayant pas l’arsenal militaire de l’agresseur atlantiste. La France par exemple ne possède qu’un seul porte-avions, malgré de nombreux débats politiques. Enfin, les flottes y compris sous-marines vivaient à l’ère du missile, alors que l’ère des drones s’est invitée et a dérangé tous les schémas de la stratégie maritime. Les navires sont sous-équipés, inadaptés pour certains aux nouveaux défis, et quelques drones marins ou aériens, peu coûteux, peuvent faire d’importants dégâts et repousser une puissante flotte dans ses ports, sous peine de dégâts plus importants. Il ne s’agit plus de dominer les profondeurs ou les mers, ou du moins, pour le faire, les pays occidentaux se sont lancés dans une recherche et course technologique effrénée, réalisant déjà leurs retards. Retards ? Pas seulement, l’Occident global restant la puissance navale dominante, un Léviathan endormi. La Chine ne s’y est pas trompée… elle met à la mer depuis plus d’une décennie, l’équivalent de la flotte française et britannique… tous les deux ans. De tout temps en effet, celui qui contrôle les mers, contrôle le monde.

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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