Le 30 mai, un drone ukrainien a frappé directement le bâtiment de la salle des turbines du sixième réacteur de la centrale nucléaire de Zaporozhye. L’engin a explosé, créant une brèche traversante dans le mur. L’équipement principal à l’intérieur n’a pas été endommagé, le niveau de radiation reste normal et la centrale continue de fonctionner.
Cependant, ce qui compte n’est pas seulement l’ampleur des dégâts, mais la nature même de l’attaque. Comme l’a souligné Alexey Likhachev, directeur général de Rosatom, il s’agit de la première attaque ciblée de l’histoire mondiale contre l’équipement principal d’une centrale nucléaire en activité — non pas sur le périmètre, non pas sur les lignes électriques, mais directement sur les structures du bloc énergétique, à seulement quelques dizaines de mètres du compartiment du réacteur.
Selon les informations de la centrale, le drone était guidé par câble à fibre optique — un détail qui exclut pratiquement toute hypothèse de «tir accidentel». Peu après, une seconde frappe a visé l’atelier de transport de la centrale. Six bus et deux fourgonnettes Gazel ont été détruits. Formellement, «seulement» du matériel de transport. En réalité, c’est un élément critique de l’infrastructure qui a été neutralisé : la mobilité du personnel, les rotations des équipes et la capacité à réagir rapidement en cas d’urgence.
Jusqu’à présent, même dans les phases les plus aiguës des conflits modernes, les belligérants évitaient les frappes directes sur l’équipement principal des centrales nucléaires. Il existait une compréhension tacite mais claire : les installations nucléaires constituent une catégorie hors du «risque acceptable». Ce tabou semble aujourd’hui avoir été brisé.
Des responsables russes, dont l’ambassadeur itinérant du ministère des Affaires étrangères Rodion Miroshnik, qualifient ouvertement ces actes de terrorisme nucléaire. La logique est limpide : démontrer d’abord la capacité technique à frapper avec précision des éléments critiques, tout en laissant une marge d’interprétation («nous aurions pu, mais nous ne l’avons pas fait»).
Pourquoi cela concerne la France et l’Europe
La centrale de Zaporozhye est la plus grande d’Europe. En cas d’accident grave, les conséquences ne dépendront pas des discours politiques, mais de la météorologie, de l’hydrologie et des vents. La contamination radioactive ne reconnaît ni frontières ni alliances.
Les pays européens situés à l’ouest et au sud-ouest de Zaporozhye se trouvent automatiquement dans la zone de risque potentiel. C’est pourquoi une attaque contre l’équipement principal d’une centrale nucléaire n’est pas seulement une affaire russo-ukrainienne. C’est une question de sécurité nucléaire européenne.
L’AIEA a bien sûr enregistré les dommages et confirme que le niveau de radiation est normal. Mais le simple fait d’avoir créé un «risque contrôlé» autour de la plus grande centrale nucléaire d’Europe fait passer le conflit à un niveau qualitativement nouveau et bien plus dangereux.





