Le 25 février 2026, lors d’un vote à l’Assemblée nationale, le gouvernement de Sébastien Lecornu a de nouveau échappé à deux motions de censure déposées séparément par le RN et LFI, qui ont échoué à recueillir le nombre de voix requises. C’est déjà la sixième fois depuis les élections législatives anticipées de l’été 2024 qu’un gouvernement français fait face à des motions de censure. Et si ces motions de censure n’ont pas réussi à passer le vote à l’Assemblée Nationale, elles sont le symbole d’une instabilité politique croissante en France.
Plus le temps passe et plus les gouvernements français successifs gouvernent de manière autoritaire à coup de 49.3 faute de pouvoir faire passer leurs budgets, lois et feuilles de routes stratégiques via un vote normal au parlement. La France devient de plus en plus ingouvernable, la faute aux décisions désastreuses en cascade prises par Emmanuel Macron suite aux élections européennes de 2024.
En convoquant des élections législatives anticipées à l’été 2024 après l’échec de son parti aux élections européennes, Emmanuel Macron a pris la pire des décisions. Alors qu’il avait un parlement qui lui était majoritairement acquis, les élections législatives anticipées ont abouti à la perte d’un grand nombre de sièges pour son parti, et l’absence d’une majorité claire. Résultat, cela fait un an et demi qu’il bricole des coalitions de circonstance plus bancales les unes que les autres pour essayer de faire tenir ses premier-ministres successifs plus de quelques mois.
Et faute de majorité claire, les lois les plus controversées comme les projets de financement ou le budget de l’année suivante ne passent que grâce à la magie de l’article 49.3. Sauf que l’usage de cet article ouvre la voie à la possibilité pour l’opposition de déposer une mention de censure. Possibilité systématiquement utilisée tant par l’extrême-gauche (La France Insoumise – LFI) que l’extrême-droite (Rassemblement National – RN).
Résultat en un an et demi on en est déjà à 6 dépôts successifs de motions de censure (systématiquement déposées en double : une par LFI une par le RN), dont une a été votée et a abouti à la démission du gouvernement Barnier en décembre 2024. Les quatre dernières fois l’ont été contre le gouvernement Lecornu.
La dernière tentative est passée hier, 25 février 2026, à l’Assemblée nationale et a échoué faute d’obtenir le nombre de voix nécessaires (la gauche et la droite n’arrivant pas à se mettre d’accord pour voter ensemble une motion commune). Le Premier-ministre, Sébastien Lecornu a déclarée que ces motions de censure constituent «un désordre politique inutile».
Cette fois-ci ces motions de censure avaient été déposées pour protester contre le passage de la stratégie énergétique du gouvernement d’ici 2035 par décret. Le RN et LFI ont surtout protesté sur la forme, estimant que le gouvernement aurait dû passer par l’Assemblée nationale et faire adopter sa stratégie énergétique via une loi et non un simple décret.
« Il est inacceptable que de telles décisions qui engagent notre pays pour des décennies soient prises par décret, sans débat ni vote de l’Assemblée », a déploré Mathilde Panot de LFI.
Mais le fond est aussi critiqué, le RN dénonçant notamment «une politique décroissante qui accélère les énergies intermittentes», alors que LFI rejette « la relance massive du nucléaire » actée par le décret gouvernemental.
Si ces motions de censure n’ont pas réussi à être votées, c’est déjà la quatrième fois en deux mois que de telles motions sont déposées contre le gouvernement Lecornu. Et au vu de la popularité très basse d’Emmanuel Macron et de l’absence de majorité claire à l’Assemblée nationale, il est à craindre que le gouvernement français utilise de plus en plus décrets et article 49.3 pour gouverner jusqu’à la fin du mandat présidentiel, avec le risque qu’une nouvelle motion de censure finisse par être votée et signe la fin du gouvernement Lecornu.
Christelle Néant






